Voyage dans le temps et au fil de l'eau dans l'espace Haute-Somme

   
    Durant des millions d'années les éléments naturels et l'Homme ont façonné ce paysage unique de la Haute Somme.

    L'eau est omniprésente et les possibilités de découvertes multiples: randonnées, pèche de loisir, détente…

    Le vieux canal de la Somme rejoint le canal du nord à proximité de Péronne et ouvre la porte au vaste réseau fluvial du nord de la France et de l'Europe du nord. Le tourisme fluvial est une manière bien agréable de découvrir les richesses de la région.  


    N'oublions pas l'anguille fumée. Elle sent bon le terroir et ne peut être qu'appréciée par les adeptes de la gastronomie traditionnelle. Ce n'est pas le seul poisson de nos étangs et rivières. La faune et la flore sont particulièrement riches.    

    La gestion de l'eau et la préservation de ce patrimoine naturel exceptionnel repose sur la volonté des hommes avant tout. L'Agence de l'eau "Artois-Picardie" est l'organisme qui a pour mission d'appliquer la Loi sur l'Eau du 3 Janvier 1992:

    "L'eau fait partie du patrimoine commun de la nation. Sa protection, sa mise en valeur, et le développement de la ressource utilisable, dans le respect des équilibres naturels sont d'intérêt général." (Article 1)
    "Les dispositions de la présente loi ont pour objet une gestion équilibrée de la ressource en eau. Cette gestion équilibrée vise à assurer la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides." (Article 2)

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    Ce sont ces différents thèmes que nous allons parcourir au fil du temps et de l'eau de la Haute Somme.

 

L'origine géologique de la vallée


    Sur plus de 50 km le fleuve forme 2000 hectares d'étangs et plans d'eau. La vallée présente par endroit un tracé sinue. Le Belvédère de Vaux surplombe les méandre et offre un paysage exceptionnel.

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    Des millions d'années durant le vent l'eau ont pétrit le paysage picard. Des dépôts successifs de roches sédimentaires (craie, argile, calcaire, sable) se sont accumulés en couches successives dans les plaines alluviales, et les fonds marins. (Au crétacé, les deux tiers de la Picardie était recouverte par la mer.)


    Au quaternaire des dépôts par le vent de limons (les lœss) constituent les sols fertiles du Santerre.
Après la dernière glaciation, il y a 12 000 ans, à la fonte des glaces la rivière Somme a creusé violemment cette large vallée. Comment imaginer un violent torrent d'eau attaquant les roches friables, et creusant un large lit, là où s'étire paisiblement aujourd'hui une Somme bien tranquille ?


   

    Dans la Haute Somme le fleuve n'existe pas en temps que tel: la vallée fait 1 km de large, avec de multiples méandres, de plans d'eau, formant un bocage aquatique plein de mystères.

 

Un paysage façonné par l'Homme depuis l'époque romaine

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    Déjà à l'époque romaine la vie s'organise autour de la vallée. Les constructions de gués découpent les étangs et déjà on y pèche.

    Au moyen âge la vallée est découpées en portions d'étangs (biefs) ont été aménagés pour produire de l'énergie hydraulique. Les chaussées et digues forment des passages surélevés, et constituent des barrages réalisant ainsi une dénivelée entre deux biefs. Ils sont équipés de vannes pour contrôler le niveau de l'eau dans le bief. C'est là que sont installées les anguillères ou anguilleries qui permettaient de capturer les poissons blancs et surtout les anguilles.

    Les îlots alluvionnaires de la vallée ont été utilisés jusqu'à la moitié de ce siècle, autour des principales villes pour la production maraîchère. Les Hardines (petits jardins) de Péronne rappellent les Hortillonages d'Amiens. Cette production a maintenant perdu toute importance économique.

    Il y a 50 ans les tourbières (sorte de pelles à large godé) creusaient et découpaient les étangs en de nombreux rectangles. La tourbe était séchée et était utilisée pour la construction des maisons et des usines ou servait de combustible à la population, mais aussi de fertilisant après combustion.

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Image de l'exploitation de la tourbe au début du XXème siècle
(c) Picardie buissonnière

    Du moyen âge au 19 ème siècle la vallée concentrait une population qui vivait directement des ressources des marais

    Les saules et les aulnes étaient coupés et servaient en vannerie, pour le chauffage ou pour le matériel de pèche (nasses…)

    Les herbes aquatiques étaient faucardés régulièrement pour faciliter la circulation en barque et étaient compostées

    Les roselières étaient rajeunies par la pratique du "bousinage" (enlèvement des couches superficielles du sol afin de créer de petits plans d'eau favorable à la fraie (reproduction) des poissons. Le produit de cette activité, le bousin, était ensuite composté ou utilisé comme combustible.

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Les prairies étaient pâturées par les bovins surtout en parcelles communales


    Toute une économie reposait sur l'exploitation des étangs: fabrication de semelles de joncs tressés par les habitantes de Corbie, fabrication de bois de brosses, de pelles à grain avec le bois tendre des marais. La mousse était vendu aux mariniers pour calfeutrer la coque de leurs péniches. On ramassait les champignons, les fraises, les nèfles, et les faines …Les marais étaient généreux pour tous, et ces activités d'exploitation ont façonné la vallée peu à peu.

    Aujourd'hui tout cela a disparu; la vallée continue à accueillir les pêcheurs, les chasseurs de gibier d'eau aux périodes d'ouverture, et les promeneurs. Ils sont nombreux à la belle saison à venir dans les campings dispersés tout au long des étangs, pour s'adonner à leur sport favori: la pêche. Les villages se repeuplent alors et s'animent de nouveau.


Des richesses naturelles extraordinaires

    La vallée de la Somme est le paradis de bien des espèces. On y relève une flore comprenant de nombreuses espèces végétales protégées par la loi On citera quelques espèces rares que l'on trouve encore dans la vallée de la Haute Somme: la Digitale jaune la Stellaires des marais la Fougère à crête la Ciguë vireuse la Grande douve le Peucédan des marais….

    La grande richesse des peuplements d'oiseaux caractérise aussi les étangs de la Haute Somme et la qualité de ses milieux écologiques. Ainsi sur les vingt dernières années 114 espèces nicheuses sur 264 recensées en France sont présentes dans la vallée. On trouve des espèces devenues très rares en Picardie comme le Blangios nain, le héron bihoreau, le butor étoilé ou la mésange à moustache. Les étangs sont le domaine des oiseaux d'eau: le grèbe huppé, le grèbe castagneux, la foulque macroule, ou blairie, la poule d'eau et le canard colvert.

Grand Butor Héron Bihoreau Blongios Nain
Le Grand Butor Le Héron Bihoreau Le Blangios Nain


    Les étangs sont aussi le lieu de prédilection d'une multitude de poissons: Anguille, gardon, tanche, brochet, perche, brème…

 

La pêche: premier attrait touristique de la Haute Somme
   

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Les adeptes qu'ils soient débutants ou "mordus" trouveront des sites et des pratiques multiples: la Haute Somme est un paradis pour les amoureux du bouchon …

    La spécificité des étangs et des marais de la Haute Somme c'est qu'ils appartiennent juridiquement à des propriétaires qui en gèrent l'exploitation. Ce sont des communes ou des particuliers. La pêche au poisson blanc y est possible tout au long de l'année. La pêche de loisir est organisée selon plusieurs formules: - la journée moyennant une redevance acquittée sur place - la pêche à l'année moyennant une redevance annuelle - la pêche louée par bail de neuf ans qui souvent permet en plus du droit de pèche un droit de chasse au gibier d'eau

    Les principaux types de pêches: - la pêche à la ligne flottante; le but est de faire monter le poisson à un appât naturel ou artificiel - la pêche au lancer lourd: avec une canne équipée d'un moulinet - la pêche au brochet: au poisson mort manié ou aux leurres artificiels - la pêche à la carpe: on la capture du bord de l'eau - la pêche au coup, au bord des canaux ou de rivière

    Les principaux types de poissons pêchés dans la Haute Somme: - la carpe - le brochet - le sandre - la brème…

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     NB: Les renseignements les plus utiles sont fournis dans un guide très complet LA PECHE DE LOISIR EN PICARDIE réalisé par le Comité Départemental du tourisme de la Somme et disponible dans tous les Offices du tourisme du département ou chez les professionnels de la pêche.


La pêche professionnelle : l'anguille le poisson roi des étangs

    La pêche professionnelle a été très importante dans le passé. Cette activité remonte aux "poissonniers communaux qui étaient alors organisés en corporation. Actuellement cette activité est maintenue par une vingtaine d'exploitants d'étangs. La pêche professionnelle représente environ 70 tonnes de poissons blancs et 40 tonnes d'anguilles. Les poissons blancs sont capturés au filet et revendus pour le réempoissonnement d'étangs dans les départements limitrophes. La production d'anguille provient de l'élevage des civelles et de la pêche d'anguilles adultes dans les anguillères.

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    L'Anguille est un poisson apode, de l'ordre des Anguilliformes et de la famille des Anguillidés. L'anguille effectue sa croissance en eau douce dans les étangs de la Haute Somme, et va se reproduire dans la mer des Sargasses après un long périple. Les petites Anguilles appelées civelles reviennent vers nos côtes pour remonter les rivières. Aujourd'hui elles ne peuvent plus le faire facilement et elles sont souvent capturées sur la côte et relâchées ensuite dans les étangs. Arrivée à maturité sexuelle l'Anguille descend la Somme à l'automne.

anguilr2.jpg (7035 bytes)    C'est "l'avallaison". C'est à cette période qu'elle se pêche dans des "anguillères" ou "anguilleries". Certaines sont gardées pour le repeuplement des étangs tandis que d'autres sont commercialisées. Elles se dégustent fraîches ou fumées. Schéma du cycle de l'Anguille

    L'anguille fumée est une spécialité gastronomique de la Haute Somme.

    L'anguille fumée s'enrichit des odeurs du bois et de la sciure du hêtre. Sa saveur est authentique. Il ne reste plus que quelques fumoirs (à Péronne et Saint Christ Briost). Une association a été créée en 1990 pour préserver une fabrication traditionnelle dans des ateliers aux normes sanitaires européennes pour une garantie de qualité et de sécurité.

    Le circuit des anguillères : Un circuit auto d'une soixantaine de kilomètres permet de découvrir la vallée et ces 7 dernières anguillères. Chaque village constitue une halte agréable. Des sentiers de randonnées longent les étangs ou les chemins de halage le long des canaux. Le belvédère de Vaux entre Curlu et Suzanne constitue un site remarquable à ne pas oublier.

 

Le tourisme fluvial : une autre manière de découvrir la Haute Somme

    A partir de la base de Cappy (celle d'Amiens) partir pour une croisière c'est possible! Une flottille de pénichettes confortables et bien équipées, de 5 à 10 personnes sont proposées d'avril à novembre. (Locaboat plaisance, réservation Service Loisirs Accueil à Amiens)

    Sur la Vallée de la Haute Somme les navigateurs "en eau douce" peuvent admirer d'une autre façon les richesses de ces milieux aquatiques, ces villages, ces oiseaux, cette végétation particulière… Dans le calme le plus parfait, le chant de l'eau et des oiseaux sont des moments privilégiés. Les passages aux écluses ponctuent la vie des navigateurs. La maîtrise des manœuvres s'acquiert rapidement dés la base de départ.

plaisance

canoe

    Les canaux de la Somme s'ouvrent sur le grand réseau fluvial du Nord de la France et peuvent conduire les aventuriers vers le sud, l'est, ou vers le Nord (direction la Belgique, la Hollande...).

    Sans partir si loin les haltes dans les ports de plaisance aménagés (Cappy, Péronne,…) pourront permettre quelques excursions sur la terre ferme très intéressantes: le petit de la Haute Somme et le musée de la vapeur à Cappy, ou l'Historial de la grande Guerre à Péronne pour ne citer qu'eux…


   


Si l'eau est source de "richesses", elle est aussi fragile

    "L'eau fait partie du patrimoine commun de la nation" dit la Loi de 1992. Doté d'un réseau hydrographique exceptionnel avec ses surfaces d'étangs, de marais, ses rivières, le Département de la Somme est riche de sa ressource en eau.

    La réserve en eau dans le sous-sol du département se chiffre en Milliards de mètres cubes. La totalité du territoire repose sur une couche crayeuse dont l'épaisseur varie de 20 à 200 selon les endroits. Celle-ci affleure parfois et donne ces terres blanchâtres appelées "cranette" ou "petites terres". La craie imbibée d'eau est facilement accessible par forage. Le niveau de la nappe phréatique varie au cours des saisons et des années en fonction de la pluviométrie. Elle se recharge en automne essentiellement. En année normale un quart à un tiers de las précipitations parvient à la nappe. Une grande partie s'évacue par drainage vers les sources et les rivières.

    Quelques chiffres pour le département: Que devient l'eau de pluie? 900 Millions de m3 de ruissellement vers les cours d'eau 280 Millions de m3 s'évaporent ou sont absorbés par les végétaux 500 Millions de m3 s'infiltrent dans le sol et rejoint la nappe phréatique 100 Millions de m3 sont prélevés par l'Homme

    La pollution : une triste réalité. Mis à part les eaux de ruissellement la qualité des eaux de rivières dépend surtout de ce qu'on y rejette. Si la pollution industrielle a plutôt diminué ces dernières années la pollution d'origine domestique demeure importante. Elle a augmenté parallèlement au volumes consommés par les ménages. Les eaux usées dans la Somme sont traitées dans 94 stations d'épuration qui traitent les eaux usées de seulement 147 communes en 1998.

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    En 1996 la qualité des eaux de la Hautes Somme et de ses affluents étaient classées "de qualité médiocre". 6 points font l'objet d'un contrôle pluriannuel. Les analyses ont montré que les eaux contiennent des teneurs très élevées d'azote ammoniacale, et de composés phosphorés. Les eaux de la Somme qui alimente les étangs manque fortement d'oxygène, indispensable au maintien de l'équilibre du milieu. La présence de métaux lourds comme le Zinc est localement mise en évidence dans certains dépôts sédimentaires. C'est un facteur limitant au bon déroulement de la vie aquatique. On note également le développement de petites algues plutôt indésirables dans certains étangs, surtout dans les étangs en aval des grandes agglomérations comme Saint-Quentin et Ham par exemple. Ces étangs fonctionnent un peu comme des pièges à pollution. L'excès des algues provient essentiellement de sédiments de qualité médiocre; Ils sont trop riches en azote et en phosphore. La qualité des eaux est donc mauvaise essentiellement à cause des pollutions provenant en amont.

    Les conséquences de la pollution: un appauvrissement du milieu Plus les étangs sont pourvus en certains végétaux plus la richesse en invertébrés est grande. Il vaut mieux des espèces à feuilles nombreuses et immergées (callitirches, myriophylle, ceraphylle…) que des nénuphares qui n'offrent bien souvent que des tiges à la colonisation par des larves d'invertébrés. La végétation supérieure aquatique joue également sur la présence d'invertébrés plus ou moins variés.

    Certains étangs de la Haute Somme ont un état d'envasement important et des sédiments pénalisants pour la vie aquatique, ce qui ne favorise pas l'implantation de la végétation supérieure. Or c'est bien les espèces végétales aquatiques immergées qui favorisent le développement des invertébrés, et donc celui des poissons. Lorsque les eaux sont en plus très colorées par des algues planctoniques la pénétration des rayons lumineux n'est plus possible: la photosynthèse est perturbée et les plantes aquatiques potentielles ne peuvent se développer sur le fonds des étangs. La diminution de la photosynthèse productrice d'oxygène aggrave le manque d'oxygène du milieu et les phénomènes d'asphyxie.

    Le cycle infernal à casser :

    Manque d'oxygène + excès d'azote et de phosphore
    = EUTROPHISATION
    = prolifération d'algues planctoniques et contamination des métaux lourds
    = raréfaction et disparition de certaines espèces végétales et animales aquatiques
    = diminution de la production piscicole en particulier de l'anguille

    Les solutions existent :

    L'implantation de végétaux supérieurs aquatiques immergés est la condition essentielle pour augmenter l'intérêt piscicole des étangs de la Haute Somme. En amont une sensibilisation de tous les pollueurs est indispensable. Tout un travail de réhabilitation des étangs et des différentes rivières affluentes est mené depuis quelques années. Certains étangs ont été désenvasés grâce à des grues sur ponton. C'est l'action menée par un certain nombre de communes.

    Depuis 1995 une association "Rivières Haute Somme" regroupe 5 syndicats de rivières. Elle coordonne les efforts et les actions d'entretien et d'aménagement divers sur 5 rivières affluentes de la Somme : la Cologne, l'Omignon, l'Ingon, la Tortille, la Germaine. Ces actions consistent essentiellement à un entretien hivernal (tronçonnages) et estival (débroussaillages) sur les berges. L'aménagement des berges permet de renforcer et de stabiliser celles qui s'affaissent. Tout ceci contribue à un bon écoulement de l'eau.

    L'agence de l'eau Artois Picardie est l'organisme chargé de la gestion de l'eau. Elle contribue activement à la sensibilisation des différents utilisateurs de cette ressource.

Bibliographie :
PLAQUET B. et FORMENTIN C.
Monographie communale : les étangs de Curlu, un patrimoine à conserver
ISAB
Envol en Pays de Somme

Partenaires :
Association "rivières Haute Somme"
Agence de l'eau Artois Picardie
Conservatoire des sites naturels de Picardie

Recherches :
Elèves de BTA - Lycée Agricole de la Haute-Somme
Un grand merci à Corinne Guerlesquin

  L'agence de l'eau Artois-Picardie
www.eau-artois-picardie.fr

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