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Issu d'une ancienne et nombreuse famille de Péronne, Alfred Danicourt est un riche collectionneur et un archéologue passionné. Etant maire de la ville de Péronne, il fait donc approuver le 28 mai 1874, la création d'un musée municipal. Il est décidé alors d'installer le nouveau musée dans les locaux qu'occupait le Tribunal avant son déménagement rue Saint Fursy. C'est à dire au rez-de-chaussée et au 1er étage de l'ancien bailliage de Péronne, immeuble accolé à l'Hôtel de Ville. >Le premier Musée Municipal de Péronne est ainsi inauguré le 7 octobre 1877. Jusque 1914, les collections du musée vont perpétuellement s'enrichir, par de nombreux dons, legs et dépôts de particuliers péronnais ou non. Une grande partie des collections vient de dépôts effectués bien sûr par Alfred Danicourt. Aux côtés d'anonymes, on trouve aussi des donateurs prestigieux tels que le Président de la République Mac-Orlan, ou le baron Alphonse de Rothschild. Ce dernier pensa d'ailleurs à Péronne jusque dans son testament. L'Etat confie également au musée, des objets archéologiques et artistiques, de la momie égyptienne aux moulages de statues antiques, en passant par des toiles de maîtres ou des dizaines de vases grecs antiques. Alfred Danicourt décède en 1887, et lègue au musée tous les objets qui y étaient déposés, ainsi que d'autres venant de ses diverses propriétés. Il pense même à l'entretien et aux futures acquisitions du musée, en lui léguant une importante somme d'argent. >La municipalité décide en 1887 de baptiser légitimement le musée : "Musée Alfred Danicourt". A partir des années 1890, les conservateurs successifs sont nommés par le préfet, et travaillent avec la commission municipale du musée. Le musée Alfred Danicourt est alors un des principaux phares culturels de l'Est du département. En dehors de souvenirs locaux (éléments du beffroi, souvenirs du siège de 1536, etc.), il renferme d'importantes collections de monnaies, de glyptiques, d'objets archéologiques antiques et mérovingiens, ainsi que près de 300 toiles et statues. le conservateur de l'époque refuse même des dépôts par manque de place. >Les dévastations de la Première Guerre Mondiale de 1914-1918 vont cruellement toucher le musée. Les premières troupes avancées allemandes pénètrent dans Péronne le 28 août 1914 au matin. Félix Louis, conservateur depuis 1898, a juste le temps de rassembler dans un coffret les objets du musée qui ont le plus de valeur. Profitant de la confusion générale et avant l'établissement complet des allemands, il enterre le coffret sous un atelier de serrurerie, près de la mairie. Jusque novembre 1917, l'Occupant va travailler quotidiennement dans l'atelier, sans soupçonner sous ses pieds les objets de valeur du musée (monnaies, intailles, bronzes, fibules). Malheureusement, la très grande partie des collections est laissée au pillage et à la destruction. Lorsque les allemands se retirent, le Musée Alfred Danicourt, dynamité, n'est plus qu'une ruine où l'on ne retrouve qu'un buste, un portrait et une table de chêne. >Seuls une dizaine d'objets et des monnaies romaines sont restitués par les Allemands. Des centaines de peintures ont disparu ainsi que l'ensemble des collections locales et archéologiques qui n'avaient pu être cachées. Les trésors qui avaient été dissimulés sont récupérés et protégés en banque, en attendant de leur trouver un nouveau local d'exposition. La ville de Péronne va toucher un peu plus de 330 000 Francs de dommages de guerre pour son musée disparu. C'est pourquoi cet argent va être en grande partie employé au rachat d'oeuvres d'art, dans le but de reconstituer les collections disparues. Le dynamisme culturel de Péronne est loin d'être éteint, et dès 1929 une commission municipale de reconstitution du musée est créée. Avec l'appui de l'association artistique La Croute, cette commission détache des notables péronnais dans les salles des ventes ou directement dans les ateliers des artistes, pour racheter des oeuvres. Dans toute la France et à l'étranger, des peintres sont contactés. >Entre 1928 et 1933 des nouvelles toiles sont achetées. Les marchandages sur les prix sont parfois nécessaires et assez pittoresques. Les artistes qui étaient exposés au musée avant-guerre ne l'oublient pas, et les dons d'oeuvres ou d'objets familiers se multiplient, parfois à travers leurs descendants. Le musée se limite alors aux murs des couloirs du nouvel Hôtel de Ville et à quelques vitrines dans la bibliothèque. A partir de 1933, et sur l'initiative de l'architecte Roguet, la municipalité envisage la réinstallation d'un musée dans l'enceinte du château. En juin 1937, la décision officiel est prise de construire au château. On détruit pour cela un bâtiment existant construit par les Allemands. >L'ombre d'un nouveau conflit mondial, en 1938, boulverse les projets. Dès septembre 1938, des notes confidentielles venant du Ministère de l'Education arrivent sur le bureau de M. Louis. Le climat de tension international n'a échappé à personne, et il faut que cette fois-ci les musées soient prêts à toute éventualité. A un an de la future déclaration de guerre, on réfléchit et on organise un possible repliement des oeuvres d'art de chaque musée menacé. Pour Péronne, une seule caisse comportant des inscriptions codées devrait faire l'affaire. Le Ministre limite en effet l'évacuation aux objets déjà sauvés en 1914. Le 12 avril 1939, les conservateurs doivent se tenir prêts. En août 1939, les objets sont mis dans une caisse dont les coins sont scellés à la cire. Il semble que les objets aient bien été évacués pendant l'exode. Mais la caisse est de retour avec la municipalité en août 1940. Elle est alors cachée chez la concierge de l'Hôtel de Ville. >Il faut encore une fois cacher les objets de valeur. Dès avril 1941, le maire de Péronne, D. Boinet, alarme l'archiviste de la préfecture d'Amiens sur le fait qu'un officier allemand ait demandé à examiner les objets contenus dans la caisse du musée ; après cet examen, l'officier satisfait, annonce l'arrivée prochaine de civils allemands devant dessiner les objets. Et effectivement, un groupe de spécialistes arrive de Berlin pour étudier ces objets rares. Mais la municipalité a pris un décision dangereuse car courageuse. M. Devraine, nouveau conservateur, répond que tous ces objets ont été perdus pendant l'évacuation de 1940. Avec l'accord du maire qui ne souhaite pas savoir où seront cachés les objets, il contacte le chef des Services Techniques de la ville, M. Savary, avec lequel il descend la caisse dans les anciens cachots, sous la mairie, où elle est scellée sous une dalle de béton : les trésors du musée y restent jusqu'à la libération. >En 1947, le musée est installé dans l'Hôtel de Ville. Après la guerre de 1939-1945, la municipalité décide de reinstaller le musée dans la partie à reconstruire de l'Hôtel de Ville. M. Devraine, contre ce projet, préfère en vain voir le musée s'installer au château. Le nouveau musée est inauguré au 1er étage de la mairie en juin 1955. L'année précédente et tout au long des années 1950, de nouvelles circulaires sensibilisent M. Devraine au risque d'un nouveau conflit, et à la nécessité de prévoir une nouvelle évacuation des oeuvres exposées : la Guerre Froide s'annonce jusqu'à Péronne. >En 1954, l'UNESCO donne l'immunité aux oeuvres culturelles. Sur les instances de l'UNESCO, la conférence de La Haye de mai 1954 a enfin donné aux oeuvres culturelles une immunité analogue à celle accordée à la Croix-Rouge. Les musées ne devraient donc plus jamais souffrir, en principe, des conflits armés. >En 2000, une réfection des locaux du musée, donne un aspect encore plus accueillant au musée. On peut admirer, aujourd'hui, les collections dans quatres salles, et de manière chronologique. |
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